Par Emilien JACOB : étudiant en sociologie (Licence 3) à l'université d'Aix-Marseille

Le cinéma amateur se pratique volontiers au soleil cela tombe bien puisque le département des Bouches-du-Rhône est très souvent assimilé au soleil, la plage, les vacances, etc… Cette image dénote un aspect important de son territoire, qui est le tourisme. La grande diversité des lieux, des monuments présents dans le département montre sa richesse culturelle. D’autre part, l’association « Cinémémoire », basée à Marseille, conserve une masse importante de film amateur ayant pour sujet les Bouches-du-Rhône. Dans un texte « La question de l’amateur » présent dans la revue « Communication », Roger Odin propose au lecteur de s’interroger sur le sens et la définition du cinéma amateur. Il démontre ce qui le démarque par rapport au cinéma dit professionnel et l’intérêt qu’il provoque pour plusieurs médias, la télévision entre autre. D’où l’intérêt de nous approprier ces matériaux filmiques pour en extraire des informations et ainsi, essayer de comprendre ce que nous disent ces films amateurs sur le tourisme dans les Bouches-du-Rhône. Mais aussi définir l’apport du cinéma amateur par rapport à notre sujet. Mon rôle ici sera de vous guider à travers ces lieux tout en vous proposant une réflexion via ces images. Ce voyage sera découpé en cinq axes : une approche statistiques de la collection « Cinémémoire » avec un focus sur les Bouches-du-Rhône, le cabanon et ses enjeux socio-culturels dans le département, une évolution dans la manière de filmer un lieu touristique : le cas des calanques, l’appropriation touristique d’un lieu : le cas du Vieux-Port, la Provence Romaine.

 

Les Bouches-du-Rhône vues par les cinéastes amateurs : analyse statistiques de la collection « Cinémémoire »

 Un travail de type statistiques a été réalisé au niveau de la collection « Cinémémoire », dans le but d’identifier quel est le lieu touristique le plus filmé des Bouches-du-Rhône. Après avoir établi des constats d’ordre statistiques, nous analyserons ces chiffres dans le but de les comprendre. Ces chiffres nous donnerons un aperçu de ce qui intéresse des cinéastes amateurs dans les Bouches-du-Rhône.

 Une surreprésentation de Marseille et de ses monuments

 Au niveau des lieux les plus filmés dans les Bouches-du-Rhône, nous avons le vieux port de Marseille avec 148 séquences à l’intérieur desquelles il apparait. Cela représente 1.22% de la collection totale. Parmi les autres lieux dépassants les cents séquences, il y a les calanques présentent dans les Bouches-du-Rhône (110 séquences, soit 0.90% de la collection) et la cathédrale Notre Dame de la Garde à Marseille (101 séquences, soit 0.83% de la collection). Parmi les lieux et monuments pris en compte dans ce tableau, nous comptons 404 séquences mettant en scène des monuments et des lieux sur Marseille. Ce constat reste peut étonnant puisque Marseille regroupe 866 644 habitants, ce qui représente 43.2% de la population totale des Bouches-du-Rhône. De plus, l’association « Cinémémoire », basée à Marseille, a recueilli une quantité importante de film réalisé par des cinéastes marseillais. Ces derniers ont majoritairement pris pour sujet la ville de Marseille.

 

Les lieux ou monuments des Bouches-du-Rhône présents dans la collection « Cinémémoire »
 Lieux ou Monuments des Bouches-du-Rhône   Nombre de séquence (en effectif) 
Vieux Port 148
Les Calanques 110
Notre Dame de la Garde 101
Camargue 65
Cathédrale La Major 42
Canebière 29
Îles du Frioul (Château d’If compris) 28
L’Estaque 28
La Joliette 21
Arènes d’Arles 9
Les Goudes 7
Sainte-Victoire 5
Château de Tarascon 4
Abbaye de Silvacane 2
Lieux à Marseille 404
Total de ces lieux 593
Ensemble de la collection 12180

 

Ces résultats statistiques nous donnent un aperçu de la vision qu’ont les cinéastes amateurs des Bouches-du-Rhône. La ville de Marseille reste un lieu inspirant pour les cinéastes amateurs, de par la grande diversité qu’elle propose : monument historique, lieu touristique, etc…. Nous pourrions avancer le fait que la ville de Marseille est une représentation « idéalisée » les Bouches-du-Rhône, pour ces cinéastes amateurs, puisqu’elle englobe la plupart des aspects définissant ce département (l’architecture provençale, l’aspect maritime avec la Méditerranée, l’influence de différentes cultures au fil des siècles, etc…). Au final, ce recensement dénote une mise en avant de la ville de Marseille, au détriment de certains lieux dit intimiste, de la part des cinéastes amateurs. Ce qui amène une diffusion, à l’écran, d’une image symbolique et représentative des Bouches-du-Rhône.

 

 

 

Le cabanon en Provence : un lieu de repos et de convivialité

 

Selon le dictionnaire Larousse, le cabanon est définit selon quatre sous-définitions différentes. Mis à part la quatrième, qui ne touche pas à notre sujet, nous remarquons que les trois autres sous-définitions constituent un groupe de synonyme : cabane, petite maison et chalet. Mais nous allons nous attarder ici sur la seconde définition, étant donné que nous concentrons nos recherches sur les Bouches-du-Rhône : « en Provence, petite maison de campagne ». La présence de cette sous-définition dans le dictionnaire n’est pas un hasard, puisque ce mot est d’origine provençale. Le cabanon a plusieurs origines : provençales mais aussi d’autres régions en France ou dans le monde, où il occupait différentes fonctions (résidence pour un travail, résidence principal, résidence secondaire, etc…). Dans la collection « Cinémémoire », nous arrivons à identifier soixante films de famille mettant en scène des cabanons. Les quatre extraits ont été choisis dans le but de proposer une pluralité de situation, par rapport à notre sujet : le cabanon. Il est donc pertinent de s’attarder sur cet objet qu’est le cabanon, ainsi que sur ce qu’il dégage au niveau du social. La spécificité et l’apport de ces films amateurs, mettant en scène le cabanon, étant la spontanéité et l’authenticité. Nous allons donc nous appuyer sur des films amateurs issus de la collection « Cinémémoire ».

 

 

Le premier extrait choisi a été tourné en 1935, à Callelongue, une calanque située entre Marseille et Cassis. Nous pouvons observer un groupe d’individus se retrouvant au cabanon de l’un d’entre eux ; pour y faire différentes activités : une partie de pétanque, un repas, boire de l’alcool, etc…. Le film dégage une ambiance bonne enfant où les individus rient, se détendent, regardent la caméra. Le premier aperçu que nous donne cet extrait sur le cabanon est qu’il est un lieu de détente pour des individus, où les liens amicaux et sociaux peuvent se consolider.

 

 

 

 

Le deuxième extrait date des années 1950, la situation géographique de la scène n’a pas été identifiée. Nous pouvons discerner une famille unique ou deux familles amies, au bord de la mer, en train de se baigner, faire du ski nautique et préparer un barbecue. Durant cette séquence, le cabanon est filmé de manière succincte, la caméra concentre son attention sur les individus, précisément sur ce qu’ils font. Tout comme la première séquence décrite ci-dessus. Ainsi, le cabanon est au second plan, que ce soit au niveau cinématographique mais aussi au niveau de l’action, les individus ainsi que leurs actions sont privilégiés par le cinéaste. Nous allons voir si cette tendance est aussi observable dans d’autres extraits.

Film n°036.003 (à partir de 01.47)

 

 

La troisième séquence a été réalisée durant les années 1960. La scène se situe probablement à côté de la ville de Fos-sur-Mer, étant donné que nous apercevons l’Oppidum de Saint-Blaise dans l’extrait. La séquence se déroulant au cabanon commence à partir de 1 minute et 47 secondes. Nous pouvons observer deux femmes, âgées de 50 ans environ, en train de cuisiner, des enfants jouent à côté. Par la suite, différentes scènes se suivent près du cabanon : un homme et une femme se reposent, deux femmes se promènent dans les collines, un repas de famille à l’intérieur du cabanon, etc…. Contrairement aux deux premières séquences, le cabanon se situe dans les collines. Ce qui fait que les individus vont faire des activités différentes par rapport à la côte. Cependant, la manière de filmer ainsi que l’approche du cinéaste ne varie pas par rapport aux autres séquences.

Film n°168.007

 

 

La quatrième séquence a été tournée durant les années 1970, au bord du port des Goudes. Ici, nous pouvons voir une succession de scènes mettant en avant les habitants d’un cabanon. Ces individus (on peut identifier des femmes, des hommes et beaucoup d’enfants) font différentes activités près du cabanon : baignade dans le port, partie de ping-pong, partie de pétanque, etc…. Comme pour les autres séquences, l’intention du caméraman est de donner une vue d’ensemble, un panorama de la vie des résidents du cabanon.

Film n°085.009

 

 

 

La cinquième extrait date de 1992, elle se déroule près de la montagne Sainte-Victoire. Nous pouvons y voir probablement une famille se réunissant pour un repas d’anniversaire. Tous les âges sont représentés dans cette séquence et ces personnes ont diverses occupations : cuisiner, jouer à la pétanque, etc…. l’objectif du caméraman ici est de capter la fête dans son intégralité, de l’arrivée des invités jusqu’à la fin du repas. Ce qui émane de cet extrait est ambiance « vacances » mais d’avantage une ambiance dite « familiale », tout comme le troisième extrait.

En conclusion, nous pouvons avancer deux choses concernant les films sur les cabanons. Premièrement, le cabanon retransmet une ambiance de « vacances » à l’écran. Dans certains cas, l’accent va être mis sur l’aspect familial, rassembleur que dégage le cabanon. Les tenus et la manière dont les individus se tiennent dégage une ambiance « vacances » et détendu de ces films. Tout cela est soutenu à l’écran par les loisirs pratiqués par les individus. Deuxièmement, le cabanon ne va pas être mis en avant par les cinéastes amateurs, il sert juste de point géographique où les individus se retrouvent. Le cinéaste va concentrer son regard sur les individus ainsi que sur ce qu’ils font. Au final, le cabanon a différentes fonctions sociales. Toutefois, les cinéastes des Bouches-du-Rhône vont privilégier une image festive, chaleureuse et reposante du cabanon, ce qui amène une consolidation des liens sociaux entre ces individus.

 

 

Filmer un lieu touristique : le cas des calanques

Comme nous l’avons expliqué dans la première partie, ce sont majoritairement des cinéastes amateurs marseillais qui ont filmés la ville de Marseille et ses alentours, pour la collection « Cinémémoire ». Cette appropriation du territoire par ces derniers s’est faite de différente manière, selon les époques. Que ce soit en fonction de l’accès au lieu mais aussi au niveau du matériel : caméra, trépied, focale, etc…. Nous allons donc concentrer notre analyse sur l’évolution dans la manière de filmer un lieu touristique, chez les cinéastes amateurs. En nous basant sur le cas des calanques, présentes dans les Bouches-du-Rhône.

Film n°464.062

 

 

Le premier extrait date des années 1930, plus précisément de 1936-1937. Nous pouvons observer une famille de cinq personnes (deux femmes, deux hommes et deux enfants) en train de faire un pique-nique non loin d’une calanque, pour ensuite aller pêcher. Dans cette séquence, nous remarquons que la caméra bouge beaucoup. Ce qui laisse penser qu’à cette époque-là, il n’y avait pas de trépied. Concernant la calanque, elle est seulement filmée à la fin : en arrière-plan lorsque les individus sont filmés et de manière panoramique. Dans ce cas-là, la calanque sert de « toile de fond » par rapport à la situation filmée.

Film n°197.086 (10.47)

 

 

La deuxième séquence date de 1950. Nous allons nous concentrer sur la seconde partie de l’extrait, à partir de 10 minutes et 47 secondes. Il y a un enchaînement de plusieurs scènes dans cette partie : des scènes de baignade dans une calanque, de promenade dans les collines entre autre. Mais c’est surtout la partie où les personnes filmés sont dans une calanque qui nous intéresse. En effet, nous remarquons que cet extrait est une suite de scène où des personnes s’amusent devant la caméra, en jouant la comédie. La calanque ici sert de décor aux scènes, cependant le cinéaste n’est pas dans l’optique de faire un court-métrage. La caméra reste tremblante et l’ensemble du film montre la volonté du cinéaste de donner un panorama global de ce qu’il a visité. Dans ce cas-là, le cinéaste ainsi que les individus s’approprient la calanque de manière originale en la mettant en scène.

Film n°035.012

 

 

La troisième séquence a été tournée dans les années 1960. Nous suivons un bateau partant d’un port pour aller dans la calanque d’En Vaux pour ensuite, retourner au port. Cet extrait se détache des deux extraits décrits plus tôt, par trois points. Premièrement, le caméraman se concentre majoritairement sur le paysage, il ne filme pratiquement pas les individus présents sur le bateau. Deuxièmement, la caméra bouge très peu, le cinéaste doit utiliser un trépied. Troisièmement, pour la première fois, la calanque est filmée depuis la mer et non depuis le sol ferme. Même si ces trois points peuvent paraître anodins, ils démontrent une nouvelle manière de filmer et de retranscrire un lieu touristique à l’écran. Le lieu y est vraiment mis à l’honneur et le fait que la visite se passe sur un bateau dénote une ambiance « touristique » et reposante.

Film n°515.006

 

 

La quatrième séquence date de l’année 1988. Nous pouvons voir un enchainement de plan sur des calanques ainsi qu’un plan sur des personnes faisant de l’escalade. Cet extrait vient se différencier par rapport aux autres séquences. En effet, la caméra ne tremble pas et le cinéaste filme les calanques en proposant différents plans : en plongé, en plan fixe, etc…. Ce dernier a voulu donner un panorama d’ensemble des calanques, tant en filmant une pratique touristique à ces lieux : l’escalade. L’approche du caméraman est moins organique mais elle gagne au niveau de la beauté des plans. Ce qui démontre la volonté du cinéaste de proposer un point de vu d’avantage cinématographique de ce lieu touristique.

En conclusion, nous pouvons affirmer qu’il y a une évolution dans la manière de filmer, d’aborder un lieu touristique. Cette évolution va surtout être présente au niveau technique. Puisque l’évolution des technologies ont permis, aux cinéastes, de multiplier leurs possibilités, dans la manière de filmer un lieu. Cela se voit clairement à l’intérieur des quatre séquences précédemment décrites. Ce que nous dit cette évolution par rapport à notre thème, c’est que la manière de découvrir un lieu touristique comme les calanques est multiple. Qu’elle soit en bateau, à pied ou en escaladant, chaque visite est unique. Néanmoins, chaque film sur un lieu touristique a ou n’a pas comme objectif de retranscrire une visite. Il ne faut pas voir un aspect touristique dans chaque film amateur, la première séquence nous l’a bien démontré. Mais ces films peuvent nous donner des clés de lecture ou des idées pour aborder un lieu touristique dans le futur (exemple : l’escalade pour avoir une vue d’ensemble sur les calanques).

 

 

L’appropriation d’un lieu touristique par le public : le cas du Vieux port

 

Un lieu touristique est, en théorie, un endroit ouvert à tous. Chacun peut se l’approprier à sa manière. Au niveau du regard qu’il porte sur ce dernier, mais ce constat est surtout valable au niveau de l’espace. Si on prend l’exemple du cour Mirabeau à Aix-en-Provence, chaque passant ou touriste peut arpenter ce lieu à sa manière : se promener sur le trottoir, s’assoir sur un banc pour avoir une vue sur la Rotonde, etc…. Cependant, il faut aussi préciser que les commerçants ainsi que les associations utilisent cet espace pour faire valoir leurs intérêts. Ce qui donne lieu à une « rencontre » entre ces différents groupes. Le corps, la manière de se mouvoir chez les individus, est aussi important ici. Pour mettre en lumière ces différentes formes d’appropriations, nous allons prendre comme exemple des films mettant en scène le Vieux port de Marseille.

Film n°107.048

 

 

La première séquence choisie ici date de 1933. Nous pouvons y observer une foule de personnes sur le Vieux port, des marchands qui vendent des oursins ainsi qu’une course de natation dans le port. Cette séquence met en lumière un évènement rassemblant un nombre important de personne : du public, des marchands de fruits de mer ainsi que les participants à la course. Toutes ces choses font que cet évènement à l’air d’être réussi, étant donné que chaque groupe de personne arrive à tirer profit de la situation et de l’espace.

Film n°781.033

 

 

La seconde séquence a été filmée en 1939. Nous y voyons le Vieux port filmé depuis un quai avec des personnes de dos en bas de l’image. Le regard des personnes présentent sur les quais est orientés vers une autre personne qui fait du ski nautique. Dans cet extrait, nous avons accès qu’au point de vu des spectateurs, étant donné que le caméraman est dans la même situation que les autres personnes présentes sur les quais. Ce qui est différent ici par rapport à la première séquence, c’est que l’attention se déroule exclusivement sur l’eau. Pour la première séquence, il y avait des activités sur l’eau et à la fois sur les quais, les marchands de fruit de mer entre autre. Ce qui nous montre, selon l’évènement se déroulant sur le lieu touristique, que l’attention des visiteurs va être orientée sur certaines choses plutôt que d’autres.

Film n°197.066

 

 

 

Le troisième extrait date de l’année 1966. Nous pouvons y voir une succession de plan sur le marché aux poissons, ainsi que sur les bateaux de pêche présents sur les quais du Vieux port. Contrairement aux autres séquences précédemment décrites, il y a beaucoup moins de monde sur les quais. Ce qui laisse penser qu’il n’y a pas d’évènement particulier prévu autour du port. Cet aspect ainsi que la présence des marchands de poissons sur les quais renforce l’idée suivante : cette visite du Vieux port est plus intime et proche de terroir local.

Film n°776.009

 

 

La quatrième séquence a été tournée en 1976. Nous pouvons distinguer un défilé de majorette sur les quais du Vieux port, suivi de combats de joute nautique. Ici, l’évènement suit probablement un protocole : escorte des jouteurs par les majorettes, présentation des jouteurs puis démonstration en public de combat de joute. Cependant, les personnes regardant les joutes sont en tenue décontractée (exemple : short, t-shirt, maillot de bain, etc…), ce qui montre que la joute a été organisée pour les touristes mais aussi pour les curieux, en l’occurrence les marseillais probablement. Certaines personnes devaient être en train de se baigner à côté (la baignade reste une forme d’appropriation du Vieux port), puis lorsqu’ils ont vu les joutes, se sont dirigées vers le lieu du spectacle. Tout cela met en lumière le fait qu’un évènement organisé par des associations locales, peut amener les touristes et les résidents de la ville, à voir une pratique peu répondu (les joutes nautiques ici). Et ainsi, découvrir une autre facette d’un lieu touristique.

Au terme de ces descriptions, plusieurs choses peuvent être dites sur la manière d’aborder un lieu touristique. Un lieu peut être approprié par différents acteurs, à différents moment de la journée. Cela va mettre en avant un aspect du lieu plutôt qu’un autre, que le visiteur va plus ou moins retenir. Pour le cas du Vieux port, les marchands de poissons ne seront pas présents en début de soirée mais plutôt le matin. De plus, les émotions provoquées lors de la visite ou la découverte d’un lieu touristique reste conditionnées par ce qu’il se passe sur place. Ces émotions vont être individuelles puisqu’elles seront uniques à chaque personne. Ce constat peut aussi être émis envers les cinéastes amateurs. Même si nous pourrions avoir l’impression qu’ils filment le même objet, lieu. Chacun va y apporter son point de vu, et ce même point de vu va être façonné selon le contexte dans lequel est présenté le lieu. Et ces films permettent de cristalliser ces instants uniques, transmis par ces lieux touristiques.

 

 

Un panorama de la Provence romaine

Après avoir visité Marseille ainsi que le bord de mer avec les calanques, nous allons mettre en lumière un autre aspect du département des Bouches-du-Rhône : la Provence romaine. En effet, la collection de l’association « Cinémémoire » contient un nombre important de films mettant en scène ces restes. Ces films permettent de rappeler le passé de ce département ainsi que les multiples cultures qui ont traversées ce territoire. Les extraits choisis dans cette partie vont se concentrer sur les vestiges de la Rome antique présentes à Arles et dans trois autres villes et sites : le site archéologique de Glanum (situé entre Maussane-les-Alpilles et Saint-Rémy-de-Provence) Les Baux-de-Provence et Saint-Rémy-de-Provence.

Film n°107.041

 

 

 

La première séquence sélectionnée date de l’année 1936. Nous suivons la visite de deux femmes à travers antiques de la ville d’Arles (les Alyscamps plus précisément) ainsi que les arènes de la ville, datant des années 80-90 après Jésus Christ. La manière dont est découpée la scène montre que ces personnes ont probablement pris la journée pour aller visiter ces antiquités. La scène du pique-nique au milieu de la séquence confirme cette idée. Les monuments sont mis à l’honneur par le cinéaste, qui prend le temps de filmer chaque vestige. De ce fait, ce film nous raconte une visite d’Arles et de ses monuments, en toute simplicité.

Film n°197.063

 

 

Cette deuxième séquence a été tournée en 1966. Nous pouvons identifier à l’écran les vestiges de la ville de Saint-Rémy-de-Provence et du site de Glanum. Le cinéaste s’attarde sur ces différents monuments datant de la Rome antique : l’arc de triomphe ainsi que le mausolée des Jules. Par la suite, le cinéaste se concentre sur d’autres aspects entourant Saint-Rémy : la végétation, le paysage alentour ainsi que des images de la ville. De plus, nous pouvons remarquer qu’il n’y a pas de personnes présentes à l’écran, ce qui confirme la volonté du cinéaste de mettre en lumière les paysages ambiants. De ce fait, l’objectif principal de ce film a été de donner un panorama de Saint-Rémy-de-Provence.

Film n°308.012

 

 

La troisième séquence date de 1997. Nous pouvons y voir une visite des Baux-de-Provence du comité du « Vieux Marseille ». Ce film nous permet d’avoir un grand panorama des monuments présents en ces lieux. Nous remarquons aussi la grande diversité des monuments de la ville, datant de différentes époques. En suivant le groupe du comité, le cinéaste nous propose une visite de ces lieux, tout comme la voix off, venant commenter ces bâtiments encore bien conservés. Ce qui donne lieu à une visite agréable.

Au final, ces trois séquences ont permis de donner un aperçu global de cette partie du département des Bouches-du-Rhône. Mais qu’est-ce que nous dit cette sélection de film sur notre thème principal qu’est le tourisme à travers le cinéma amateur ? Le cinéaste amateur, par l’aspect d’authenticité qu’il dégage via l’image qu’il produit, va sublimer des édifices et des monuments. Les cinéastes « professionnels » vont avoir des moyens financiers conséquents pour filmer des édifices et proposer des images grandioses. Cependant, les cinéastes amateurs amènent de l’authenticité et une image « à hauteur d’homme ». Ce qui rend le monument d’autant plus beau. Le cinéma amateur permet de garder une image sans filtre ou faussée d’un monument ou d’un lieu touristique.

 

 

Conclusion :

À travers ces cinq textes, nous avons développé plusieurs idées sur la vision du cinéma amateur par rapport au tourisme dans les Bouches-du-Rhône. Nous avons vu que la ville de Marseille reste un objet de prédilection et de fascination pour les cinéastes des Bouches-du-Rhône. De plus, nous avons aussi démontré le fait qu’un objet relié au tourisme (dans notre cas le cabanon) peut développer du lien social, tout en installant les individus dans une ambiance « vacances ». Ensuite, via l’exemple des calanques, nous avons pu mettre en lumière le fait que l’évolution des technologies à apportée, aux cinéastes amateurs, de nouvelles manières de filmer et de faire découvrir un lieu touristique. Nous avons également développé le fait qu’un lieu touristique change constamment en fonction de sa situation et du contexte. Enfin, nous avons illustré l’idée que le cinéaste amateur va rendre plus beau un monument historique ou un lieu touristique grâce à son regard rempli d’authenticité. Tous ces aspects nous montrent l’apport important du cinéma amateur, sur la vision que l’on peut avoir du tourisme dans les Bouches-du-Rhône. Mais cette sélection reflète seulement certains aspects de notre thème. J’invite donc chaque lecteur à s’approprier ces films ainsi que ceux présents sur le site internet de « Cinémémoire », afin que chacun puisse forger son propre avis sur cette thématique.

 

 

Annexe :

 

Dans cette annexe, je vais décrire la méthode que j’ai employé pour réaliser ce travail. En effet, les films sélectionnés ici ainsi que les sous-thèmes n’ont pas été choisis au hasard. Ces choix découlent d’une réflexion préalable et de questionnement ayant émergés durant le visionnage.

La première étape de ce travail a été d’arpenter le site internet de « Cinémémoire » et de visionner un maximum de films présents dans la collection. Ces films devaient avoir un lien avec le sujet principal : une vision touristique des Bouches-du-Rhône par les cinéastes amateurs. Les seuls critères de sélection étaient les suivants : les films devaient prendre place dans le département des Bouches-du-Rhône, il fallait que l’image soit lisible et de bonne qualité ; enfin, je devais avoir quelque chose à dire à propos de ces films, sinon je ne voyais pas l’intérêt d’en parler.

Après avoir sélectionné ces films, j’ai dû les visionner plusieurs fois pour prendre des notes. Ces mêmes notes concernaient différentes aspects du film : la date, le nombre de personne présente à l’écran, des idées d’analyses etc…. Les notes étaient régulièrement mises à jour, du fait des multiples visionnages qui venaient alimenter la réflexion. Pour ce travail sur le tourisme dans les Bouches-du-Rhône, j’avais la volonté de mêler deux méthodes, deux approches : une approche statistique de la collection de « Cinémémoire » ainsi qu’une approche qualitative des films amateurs, c’est-à-dire une analyse des films sur leurs fonds et leurs formes. La seconde approche reste classique dans la manière d’aborder une œuvre cinématographique, nous pouvons la retrouver dans des magazines spécialisés dans le cinéma, ou encore dans des revues scientifiques. La façon d’aborder un film de manière quantitative reste peut commune, elle est surtout utilisée pour analyser un ensemble de film. Ce choix de méthode m’a paru pertinent du fait que la collection de « Cinémémoire » rassemble près de 12180 séquences. Par rapport à notre sujet, le but était de mettre en lumière les tendances générales apparentes dans la collection ; ainsi que les places occupées, par les thèmes et les sous-thèmes liés à notre sujet dans la collection. Vous trouverez ci-dessous, les tableaux illustrant l’idée énoncée plus tôt :

 

 Les thèmes présents dans la collection « Cinémémoire » : par mot clé dans la barre de recherche 
 Thème principaux   Nombre de séquence(en effectif) 
Famille 4717
Tourisme 4691
Fête 2155
Vacances 1913
Ville 1357
Campagne 1219
Politique 1025
Travail 717
Ensemble de la collection 12180

 

 Les thèmes présents dans la collection « Cinémémoire » : par « rebonds » et « toponymie » 
 « Rebonds » et « Toponymie » liées au tourisme et à la collection « Cinémémoire »   Nombre de séquence (en effectif) 
Plage 1022
Campagne 841
Baignade 593
Village 584
Visite (tourisme) 289
Ville 258
Repas familiale 252
Tourisme 208
Touriste 180
Vacances 168
Randonnée 121
Fête familiale 47
Ensemble de la collection 12180

 

 Les villes des Bouches-du-Rhône présents dans la collection « Cinémémoire » 
 Villes des Bouches-du-Rhône   Nombre de séquence (en effectif) 
Marseille 703
Istres 72
Port de Bouc 60
Aix en Provence 48
Arles 42
Saintes Maries de la Mer 23
Marignane 20
Les Baux de Provence 19
Saint Remy de Provence 13
Salon de Provence 11
Fos sur Mer 9
Total de ces villes 1020
Ensemble de la collection 12180

 

 

Il faut aussi préciser que des lectures complémentaires sont venues alimenter la réflexion. J’ai cité Roger Odin, directeur de l'Institut de Recherches en Cinéma et Audiovisuel (IRCAV) de l'Université de Paris III Sorbonne Nouvelle, d’octobre 1988 à octobre 2004. En introduction, qui a développé une réflexion sur le cinéma amateur. Pour les lecteurs qui cherchent à en savoir plus sur ces questions autour du cinéma amateur, je les invite à aller sur les sites internet « www.cairn.info » et « www.persee.fr ». Plus précisément sur la page de Roger Odin sur cairn (www.cairn.info/publication-de-Odin-Roger--122011.htm) ou encore sur un de ses articles sur persée (la question de l’amateur, revue « communications »). J’invite aussi le lecteur à aller consulter la revue « communications », qui recueille des articles traitant de l’information et de la communication. Plus particulièrement le numéro spécial sur le cinéma amateur (Le cinéma en amateur, volume 68).

La troisième étape de ce travail fut l’écriture. Il fallait retranscrire « sur papier » les idées ayant émergées des films choisis et des tableaux statistiques. La construction de l’argumentaire était divisée en deux parties : la première partie décrivait le film de manière général, tandis que la deuxième partie rentrait dans l’analyse du contenu.

À travers cette annexe, j’ai essayé d’apporter une certaine transparence par rapport à ma méthode de travail. J’espère que j’ai répondu aux questions que vous vous posiez durant la lecture des textes.